Lors de l’étude des crédits budgétaires du ministère de l’Immigration, le député libéral André A. Morin a posé une question que des milliers de familles québécoises se posent depuis des mois :
Le gouvernement compte-t-il rouvrir le regroupement familial?
La réponse du ministre François Bonnardel mérite qu’on s’y attarde.
Une reconnaissance des impacts humains
D’entrée de jeu, le ministre affirme être « extrêmement sensible » à la situation vécue par les familles touchées.
Il reconnaît également que les délais ont des conséquences importantes sur la vie des personnes concernées. Quelques instants plus tard, André A. Morin énumère ces conséquences : projets de vie retardés, difficultés à fonder une famille, impacts financiers, difficultés d’accès au crédit, isolement et détresse psychologique.
Sur ce point, le ministre ne contredit pas le député.
Il reconnaît implicitement que ces délais ont des effets bien réels sur la vie des Québécoises et des Québécois.
La question centrale demeure sans réponse
Mais le moment le plus important de l’échange survient lorsque Morin demande directement :
« Une réouverture, si je peux le dire ainsi? »
Cette question visait clairement la reprise de la délivrance des CSQ pour les nouvelles demandes de regroupement familial.
Or, le ministre ne répond pas par oui.
Il ne répond pas par non.
Il répond :
« On va regarder cela dans les prochaines semaines. »
Pour les familles qui attendaient un engagement concret, cette réponse laisse entière l’incertitude.
Aucune date n’a été annoncée.
Aucun échéancier n’a été présenté.
Aucun engagement n’a été pris concernant la reprise des CSQ.
Le gouvernement continue de défendre les seuils actuels
Tout au long de sa réponse, François Bonnardel revient à plusieurs reprises sur les « cibles » d’immigration et sur la « capacité d’accueil » du Québec.
Autrement dit, même s’il reconnaît la souffrance des familles, il ne remet pas en question le cadre politique qui a conduit à la suspension du programme.
Pour l’instant, le gouvernement continue de présenter cette suspension comme une conséquence de choix liés aux seuils et à la planification de l’immigration.
Un autre moment important : la démographie
L’échange ne s’est toutefois pas limité aux délais.
André A. Morin a également rappelé que le Québec connaît actuellement un recul de son poids démographique au sein du Canada et que le vieillissement de la population demeure un défi majeur.
Selon lui, le regroupement familial peut faire partie de la solution.
La réponse du ministre est intéressante.
Plutôt que de rejeter l’argument, il reconnaît que le Québec est confronté à une réalité démographique importante :
« Personne ne nie le contexte démographique. Nous avons une société vieillissante. »
Cette reconnaissance est importante.
Depuis plusieurs mois, Québec Réunifié rappelle que les personnes visées par le regroupement familial ne sont pas des statistiques abstraites. Ce sont des conjoints, des conjointes, des parents et des enfants qui souhaitent vivre ensemble au Québec.
Plusieurs sont jeunes, en âge de travailler, souvent francophones ou francophiles, et arrivent avec un réseau d’accueil déjà établi.
Ce que les familles retiendront
Au terme de cet échange, les familles séparées retiendront probablement deux choses.
Premièrement, le ministre reconnaît que la situation est difficile et affirme être sensible aux conséquences humaines des délais.
Deuxièmement, il ne s’engage pas à rouvrir le programme ni à reprendre immédiatement la délivrance des CSQ.
Autrement dit, la porte n’est pas fermée.
Mais elle n’est toujours pas ouverte.
Pour les milliers de familles concernées, l’attente continue.
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